Comme dans la Seine: est-ce qu’on pourrait se baigner dans le Saint-Laurent à Montréal?

Comme dans la Seine: est-ce qu’on pourrait se baigner dans le Saint-Laurent à Montréal?

Après plus d’un siècle d’interdiction, Parisiens et touristes peuvent désormais se baigner dans la Seine, jusqu’au 31 août. Les Montréalais pourraient-ils, eux aussi, profiter du fleuve Saint-Laurent pour se tremper l’orteil durant de chaudes journées d’été?

Samedi, les premiers baigneurs français ont pu se saucer à trois endroits dans la Seine: près de la tour Eiffel, près de la cathédrale Notre-Dame de Paris et dans l’est de la ville.

Or, dimanche, les accès sont restés fermés, à cause de la pluie qui a compromis la qualité de l’eau.

Il faut savoir que les autorités françaises ont investi 1,4 milliard d’euros (2,4 milliards $ canadiens) pour assainir le fleuve qui traverse la Ville Lumière, notamment dans le but d’y tenir certaines épreuves de nage durant les Jeux olympiques de Paris, qui ont eu lieu l’an dernier, puis de le rouvrir à la baignade.

La question qui se pose: Montréal pourrait-elle imiter Paris?

Pour le microbiologiste Marc Hamilton, il n’y a aucun doute: à plusieurs endroits, l’eau du fleuve Saint-Laurent est propre à la baignade.

Pour qu’on puisse y nager, un cours d’eau doit contenir moins de 200 coliformes fécaux par 100 ml d’eau, précisait à 24 heures celui qui est président de l’Association des microbiologistes du Québec, dans une entrevue réalisée en 2024. 

 

Selon le bilan 2024 de la qualité de l’eau réalisé par la Ville de Montréal, 78% des échantillons des 2060 analyses bactériologiques présentaient des taux acceptables pour la baignade.

La Fondation Rivières recense pour sa part 57 points potentiels pour la baignade autour de l’île.

Or, seuls trois points sont actuellement accessibles sans frais: la plage de Verdun, le parc-nature du Cap-Saint-Jacques et au parc-nature du Bois-de-L’Île-Bizard.

La 20e édition du Grand Splash, un événement qu’organise la Fondation Rivières durant lequel quelque 250 personnes se jettent à l’eau pour revendiquer un meilleur accès public aux berges et à la baignade en eaux libres à Montréal, devait se tenir le mardi 8 juillet. Or, les importantes quantités de pluie tombées lundi ont forcé l’annulation de l’événement en raison de la dégradation potentielle de la qualité de l’eau.

 

De l’eau de plus en plus propre

C’est vrai, dans les années 70, l’eau du Saint-Laurent était impropre à la baignade. Mais dans les dernières années, «on a investi beaucoup pour que les eaux soient moins chargées de ces matières organiques et la qualité du fleuve est meilleure», selon Marc Hamilton.

«Les systèmes de traitement des eaux usées étaient inefficaces. Ce qui était solide dans l’eau, ça se retrouvait dans le fleuve directement, ce qui faisait en sorte que la charge organique était beaucoup plus élevée, favorisant la prolifération bactérienne», expliquait-il en 2024.

Ainsi, même si certaines municipalités déversent toujours leurs eaux usées dans le Saint-Laurent, leur traitement, additionné au phénomène de dilution dans le fleuve, fait en sorte que la qualité de l’eau est suffisante à bien des endroits.

Comme dans la Seine: est-ce qu’on pourrait se baigner dans le Saint-Laurent à Montréal?

Chaque année, la Fondation Rivières organise le Grand Splash pour réclamer un meilleur accès aux cours d’eau pour la baignade. Sur la photo, des baigneurs qui se sont jetés à l’eau au quai Jacques-Cartier en 2018. Photo d'archives Agence QMI, Mario Beauregard

Un enjeu de justice climatique

Avec les canicules qui sont appelées à se multiplier et à s’aggraver à cause des changements climatiques, avoir accès à un point d’eau en milieu urbain et semi-urbain devient une question de justice climatique, soutenait en 2024 André Bélanger, directeur général de la Fondation Rivières.

«Les cours d’eau qui traversent les villes sont souvent dans les quartiers centraux, où se trouvent beaucoup de personnes démunies», remarquait-il. 

Conseils pour la baignade en milieu naturel

  • N’avalez pas d’eau.

Même si elle est claire et qu’elle n’a pas d’odeur.

«Ça peut entraîner des infections, une gastro-entérite bactérienne, une irritation de la peau», selon Marc Hamilton.

Assurez-vous aussi de surveiller les enfants, qui ont tendance à avaler plus d’eau.

  • Ne vous baignez pas de 24 à 48 heures après la pluie.

L’accumulation des précipitations augmente le débit et peut créer des surverses d’eaux usées dans les cours d’eau.

  • Ne vous baignez pas avec une plaie ouverte.

Lorsqu’une coupure pas tout à fait cicatrisée entre en contact avec des bactéries fécales, cela peut entraîner des infections.

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